A
ne lire qu’après avoir vu le film...Ma première
chronique (une critique de film, en l’occurrence) présente
un titre assez expéditif, je vous l’accorde... mais
ce 3ème volet des aventures cinématographiques
des enfants de l’atome n’atteint pas, à mes
yeux, les cimes qualitatives où siègent X-Men et
X2 (et pourtant, je l’avais souhaité si fort !)
Certes,
les points positifs sont bien là et permettent, in fine,
de passer un agréable moment (mais ça, même
un rafraîchissant et inconsistant Fantastic 4 a été capable
de le faire), mais un étrange sentiment de déception
a persisté après la 1ère séance (une
2ème est nécessaire !)
Je
détaillerai les points positifs plus bas, une fois que
j’aurais disséqué les points ... disons...
pas-très-positifs.
Le
changement de réalisateur et de philosophie
Bryan
Singer était le cerveau des 2 précédents
volets, faisant preuve de conscience et de réflexion dans
un genre qui glorifiait l’action « ba-da-boum ».
Ici, Brett Ratner ne se soucie nullement de tout ça et
s’évertue à enchaîner les moments forts
ou « cool » avec des scènes dialoguées
faisant office de traits d’union. Même le générique
(pourtant aussi fluide que les autres...) paraît un rien
outrancier (le titre est trop gros ?).
En
revanche, on saura gré à Ratner (et à son équipe)
d’avoir maintenu une certaine cohérence plastique
avec les précédents volets (le X-Jet, les couloirs
gris métallisés, la Maison-Blanche...) mais pas
d’avoir « pompé » Bryan Singer
pour « faire » Bryan Singer (gros plan
sur Wolverine flairant la présence d’une menace,
la toute fin subodorant que untel n’est pas mort ou hors-jeu
comme le majestueux plan final de X2...).
Au-delà de
Ratner, en fait, c’est un changement même de philosophie
qui caractérise ce volet. C’est comme si la production
avait voulu prendre le contre-pied des critiques émises à l’encontre
de Singer :
-
X-Men était chiche en scènes d’action ?
X3 en regorge.
-
X-Men était bavard ? X3 nous donne un Phoenix et
un Colossus quasi-muets (!)
-
X-Men avait un climax modeste ? X3 propose rien moins que
la délocalisation du Golden Gate Bridge !
-
X2 était trop long ? X3 est plus court (moins 20
minutes... c’est trop !)
-
X2 manquait de personnages utilisant leur pouvoir de manière
démonstrative ? X3 ressemble à un who’s
who (si vous me confirmez que la bad girl aux cheveux violets
apparaissant furtivement à 2 reprises est bien Psylocke...
alors là, je pleure !)
-
X2 manquait de duels ? X3 propose de multiples combinaisons
(mais pas toutes celles dont on rêvait...)
Mais
tout ceci ne s’est pas automatiquement mué en points
forts car sans maîtrise... le pouvoir n’est rien
(Ratner n’était vraiment pas l’homme de la
situation, je pense).
La
multiplication des storylines
La
découverte d’un « remède » à la
mutation, le retour du Jean Grey et sa transformation en Phoenix,
la relation entre Angel et son père, l’existence
d’un groupe de mutants parias (mais jamais nommé en
tant que Morlocks), le triangle amoureux Rogue-Bobby-Kitty Pryde,
la possible fermeture de la Xavier School...STOP ! N’en
jetez plus ! Sous prétexte que c’est le grand
baroud final, les producteurs (Fox, Marvel et tous ceux que vous
voulez...) ont voulu en mettre le plus possible. Les dilemmes
moraux sont survolés, les faits s’enchaînent
trop rapidement (les moments en creux comme le tête à tête
entre Storm et Nightcrawler dans le jet, dans X2 me manquent
terriblement...) et le mystère n’est plus. Pourquoi
ne pas avoir fait de Phoenix le point central de l’histoire ?
Les X-Men et Magneto se seraient livrés un combat saignant
pour la récupérer, la dompter et, finalement, la
craindre. Quelque chose d’épique... voire de cosmique !
Le
Phoenix méritait son X-Men.
L’intrigue
du remède est, elle aussi, passionnante mais se devait
d’être traitée avec plus de rigueur et de
profondeur (genre... par Bryan Singer ?) et ne pas être
juste un pitch. Il manque des scènes où les X-Men
seraient en interaction avec la société, histoire
d’avoir un échange de points de vue. L’opposition
se limite trop à « gentils mutants » contre « mauvais
mutants ». Même dans leurs duels, les personnages
manquent de répartie. Je ne m’attendais pas à du
Claremont mais quand même...ils ne se menacent pas, ne
tentent pas de se convaincre (à ce titre, les face-à-face
Storm-Callisto sont décevants).
Le
rapprochement Iceman-Kitty Pryde n’apporte rien aux 2...et
sert surtout de prétexte au choix désespéré de
Rogue.
La
multiplication des personnages
Ca
devait être le rêve... mais nous avons ici une nouvelle
preuve que le « trop » est parfois l’ennemi
du « bien ».
Nightcrawler
est absent (et aucun X-Man n’y fait allusion, ne serait-ce
qu’au détour d’une réplique !)
mais on a droit à Beast, visuellement réussi, mais
pas aussi fortement intégré à l’histoire
que l’était Nightcrawler.
Colossus
(sans conteste mon plus grand regret...) ne parle qu’à UN
seul moment (Bobby lui demande où est passé Rogue
quand il ne la trouve pas dans sa chambre) et se contente d’afficher
sa carrure ou de serrer la mâchoire. Aucune once de trace
du poète-artiste nostalgique de son Kolkhoze natal. Film
de groupe, me direz-vous... mais où est son évolution
par rapport à X2 ?
Angel
(hypocritement mis en avant dans le trailer et le prologue du
film...) parle à peine plus que Colossus et ne porte JAMAIS
le costume qu’il porte sur l’affiche ! Un comble !
Enlevez-le du film... et dites-moi si cela change quoi que ce
soit au résultat final ! (ça me fait mal de
balancer comme ça...)
Cyclops
est encore moins présent que dans X2 et n’est jamais
en costume (sa relégation dans le fond de la classe restera
LE gâchis de la trilogie).Storm gagne en importance (tant
mieux !) mais n’est toujours pas cette ancienne déesse
africaine à la bienveillance maternelle (aucune connexion
avec son chaton Kitty... cruelle déception !).
Juggernaut
est un pur bourrin (compliment) mais manque d’ampleur (un
ancien footballeur ne suffisait pas... LXG avait pourtant réussi
son Mister Hyde !). Et je ne parlerai pas de la non-connexion
avec Xavier (prévisible ?).
Madrox :
sympa mais anecdotique (visuellement, il avait un potentiel gigantesque).
Arclight :
une réussite...j’y reviendrai !Callisto, Spike,
le mutant mi-Marrow, mi-Omega Red... les Morlocks sont sacrifiés
et c’est dommage.
Callisto
est super rapide ? Bof... Elle détecte les mutants ?
Astucieux mix avec Caliban... Elle a un tatouage mais pas de
bandeau à l’œil ? Ah, la tyrannie de la
mode et du paraître...
Mais
malgré tout ça, des éléments fonctionnent...
et plutôt bien d’ailleurs (et j’en oublierai
peut être) !
Le
prologue avec Xavier et Magneto chez Jean Grey enfant :
subtil, rayonnant et envoûtant (leur rajeunissement fait
déjà date dans l’histoire des SFX !).
L’interrogatoire
tendu de Mystique (si Cyclops restera le down, le up de la trilogie
sera Mystique, peu fidèle au perso que l’on connaît
mais réussie quand même).
Phoenix,
presque nue, quittant le médi-lab en défonçant
la porte par télékinésie. La relation chaleureuse
(mais tout juste esquissée) entre Beast, Storm et Xavier.
L’envol
d’Angel au dessus de San Francisco (je sais, je sais, c’est
léger mais c’est tout ce que l’on nous donne...)
Toute
la séquence dans la maison des parents de Jean Grey (son
face-à-face psychique avec Xavier est d’une intensité...
avec Wolverine rampant sur le plafond en pleine gravité chamboulée !)
Jimmy
(Leech ?) isolé dans sa chambre-cellule et ne découvrant
le monde qu’à travers un hublot, avec son regard
naïf et émerveillé (un homme ailé!
Un pont qui flotte!).
La
marche de l’armée de Magneto sur le Golden Gate
Bridge (CULTE !), le déplacement de ce dernier (estomaquant),
le clin d’œil de Magneto à la famille coincée
dans la voiture... (le soudain passage du crépuscule à la
nuit noire est moins convaincant alors qu’il aurait été plus
simple de faire un « pendant ce temps à... » pour
marquer une pause, non ?)
Les
X-Men se jetant dans la mêlée chacun à leur
manière (le saut de Colossus ! Le « phasage » de
Kitty et Bobby !) et se tenant entre l’armée
et les mutants de Magneto (superbe vue de profil mais un peu
trop super-héroïque à mon goût...)
La
poursuite Juggernaut-Kitty Pryde, trépidante et non sans
humour.
Arclight :
ondes de choc impressionnantes, silhouette racée et regard
noir...il fallait la garder celle-là !
Et
bien sûr, le dernier face à face entre Phoenix et
Wolverine, avec elle en train de tout désintégrer
et lui avançant péniblement vers elle avant de
lui faire... vous savez quoi ! D’ailleurs, la vision
d’un Wolverine torse nu se tenant péniblement près
d’une Phoenix au milieu d’un maelström d’énergie
m’a rappelé la fin de «Planet X» par
Morrison sur New X-Men ? Pas vous ?
Pour
finir, je m’adresse aux amateurs éclairés
des X-Men, ceux qui les suivent sans faille depuis l’époque
de Spécial Strange...
-
Il n’y a pas une seule fois la manifestation de la «Phoenix
Force » (un scandale !).
-
Il n’y a aucune allusion à la claustrophobie de
Storm (occasion ratée pour une scène culte).
-
Il n’y a pas d’affrontement Colossus-Juggernaut.
-
Il n’y a pas d’affrontement Storm-Pyro.
-
Il n’y aucune créature de feu générée
par Pyro (brûler des voitures... je sais le faire !).
-
Il n’y a pas de Sentinels contrairement à ce qui
a longtemps circulé (NON, je ne me contenterai pas des
miettes de la Danger Room que Ratner nous a donné histoire
de se mettre les geeks dans la poche...).
-
Il n’y a aucune exploitation de la Danger Room en tant
que telle (la cabine, les exercices personnalisés, les évaluations...).
-
Il n’y aucune scène dans le Plan Astral (on était
en droit de s’y attendre avec tous ces télépathes,
non ?).
-
Il n’y aucune scène commune aux 5 X-Men d’origine
(mais ils sont au moins tous présents dans le même
film... c’est déjà ça !).
Bon,
je suis de mauvaise foi... il ne pouvait pas tout y avoir !
Et c’est justement cette frustration (présente après
X-Men et après X2) qui peut expliquer le succès
croissant des films : on y va dans l’espoir d’y
trouver toutes nos scènes rêvées, avec nos
personnages bien-aimés enfin incarnés en live...
En
conclusion, j’envisage de le revoir (Claremont fait une
caméo au début ? je l’ai raté !),
comme presque tous les films Marvel d’ailleurs, mais la
barre « X » a baissé de quelques
crans là...
J’aurais tant souhaité un « épisode III » plus
long, plus dramatique, plus viscéral...
Allez... X-Men 4 ? Je suis preneur ! (Hellfire Club? Apocalypse
Raiders? Mr. Sinister? Oh... Je défaille!)
Si
vous n’êtes pas d’accord (ou si vous l’êtes !)
avec ce que j’ai écrit... faites-le moi savoir.
Je me ferai un plaisir d’en discuter.